Harry Potter et les reliques de la mort - 1ère partie (Un film de David Yates)
Le début de la fin
Par Othman El Maanouni, le 2 décembre 2010 2010
Au 7ème film des aventures du sorcier le plus connu au monde il est peut-être temps de faire les comptes. 7 films, donc, un 8ème prévu pour l’été, près de 4 milliards d’euros de recette, de jeunes acteurs à peine majeurs, millionnaires et déjà fusionnés dans l’imaginaire collectif avec leurs personnages emblématiques (Harry, Ron et Hermione). Une orgie financière donc, jalousée ou enviée par les défenseurs subsistants du cinéma comme un Art non mercantile, mais que vaut réellement le film de David Yates ?

Celui-ci s’ouvre, assez conventionnellement, sur un état des lieux post-apocalypse, on comprend d’ailleurs assez rapidement – pour ceux qui auraient survécu sans lire ce dernier tome – que le temps des demi-mesures est révolu, et que les actions de nos héros seront désormais radicales et potentiellement mortelles.

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Alors commence le bal des ellipses, de l’alternance entre les séquences explicatives (toujours le problème de l’adaption livre/scénario) et les séquences d’empathie pure, où Harry culpabilise, où Ron se sent sous-estimé, où Hermione réalise sa solitude. Et ce ne sont pas les effets spéciaux, dignes du budget gargantuesque, qui touchent tant que la barbe naissante d’un Harry mal rasé et hagard, la valse des sentiments et de leurs contraires. Avant d’être une histoire sur un monde imaginaire et allégorique, c’est l’histoire de la petite mort de l’insouciance et de la naissance (tel le phénix du 5ème film) des ailes enchaînées de la lucidité.

Ici ces jeunes, à peine adultes, déjà en danger de mort, sont exilés car recherchés, perpétuellement en danger, au milieu d’une nature désolée, froide et nue. Quand Ron les abandonne ce 7ème volet deviendrait presque un film intimiste entre Harry et Hermione, une histoire de fraternité peut-être, de responsabilité certainement, même s’il n’est jamais question de plus. C’est ce qui marque le plus finalement dans ces Harry Potter : les personnages s’en tiennent à eux-mêmes, ils ne dépassent pas leurs contours, comme le coloriage appliqué d’un enfant qui n’aurait pas déborder. C’est ce qui rend toute cette kyrielle de personnages (et encore, l’équarissage du scénariste Steve Kloves est considérable) aussi spontanément attachante : ils sont fidèles à leurs aspirations et à leurs désirs. Ainsi le jeune Malefoy (bête noire de Harry pendant ses années à Poudlard) n’est pas tout noir, le courage de Ron n’est pas infaillible mais son amitié indéfectible, et surtout le danger qui menace de part en part Harry le dévoile à lui-même et à tous ceux qui l’entoure.

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Que dire finalement contre une bonne histoire ? C’est ce que l’on recherche tous, et c’est incontestablement ce qu’a réussi à écrire J.K. Rowling en 7 tomes. Les films, eux, sont inégaux, dûs à leurs réalisateurs, à l’intensité de leur intrigue, et à d’autres paramètres si variables. Restent des instants de pur cinéma, où l’émerveillement le dispute à l’étonnement, et la surprise au suspens. On pourrait prendre l’exemple concret, dans ce long-métrage, de la séquence animée, celle du conte narré en voix off par Hermione, et mis en image dans une poésie où le noir et blanc et les ombres chinoises composent un instant vivace de rêve. La facilité de la chute, cliffhanger emprunté aux épisodes de séries télévisées, ne parvient même pas à teinter le film de reproches sérieux, car l’on se prend à se dire : de toutes les façons c’est le jeu. Un jeu auxquels participeront, cette fois encore, des millions de spectateurs de par le monde, une histoire qui enchantera les enfants, peuplera leurs rêves, et proposera une alternative viable au morcellement continu de la réalité.

Le monde fantastique et – semble-t-il – infini de ces sorciers n’est pas prêt de disparaître, car l’imaginaire collectif est une mémoire rempart au monde et à ses vicissitudes, une échappée concrète car c’est près de 8 ans de leurs vies qu’ont consacré la plupart des techniciens, comédiens et autres collaborateurs à ces films. Ces années ne sont ni perdues ni gâchées, et si la qualité des films manque de superlatif, l’ampleur titanesque de leurs résultats peut difficilement être remise en cause. Il y a là une fierté d’accomplissement qui naît de la reconnaissance du travail. Et celui-ci est bien fait.

Images : © Warner Bros. France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
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