Le motif de l’escalier dans In the mood for love
Par Morgane Pichot, le 28 mars 2008 2008 - printemps - 22:56

Dans son article “le cinéma est-il dans l’escalier ? » (« BREF » n°59), Michel Chion traite du motif de l’escalier au cinéma : comment s’établit, par la mise en scène, le rapport triptyque entre l’homme, le cinéma et l’escalier ? Et ce, d’autant plus que l’homme est un bipède par nature, que le cinéma est lié à la roue et à la continuité par la technique, alors que l’escalier est discontinu par essence. L’auteur nous donne différents exemples de l’utilisation dramatique de l’escalier au cinéma : Citizen Kane, Psychose…, films cultes dans lesquels l’escalier est central. Le motif donne lieu à un traitement spécial dans presque tous les films. Qu’en est-il avec le cinéma contemporain ? A quels films pense-t-on aujourd’hui lorsqu’on parle de l’escalier au cinéma ? In the mood for love est sorti en 2000 ; il a marqué les critiques, le public, et révélé définitivement Wong Kar-Wai au monde occidental. Le cinéaste chinois filme souvent ses personnages montant ou descendant les escaliers. Pourquoi une telle importance donnée à cet acte quotidien, banal ? Que symbolise l’escalier dans In the mood for love ?

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Le film raconte l’histoire de deux voisins (Mme Chow et M.Chan) qui se rendent compte que leurs concubins respectifs sont amants. Ils tentent de comprendre comment cela est arrivé en recréant les événements de manière retrospective ; avant de tomber eux-mêmes amoureux. L’escalier est récurrent dans la première demi-heure du film. Il est lié aux thèmes du film : la séparation, l’adultère mais aussi la rencontre, la révélation. Il traduit les différentes émotions et évolutions qui rythment la vie d’un couple. La première chose qui est importante à noter est que tous les personnages qui empruntent un escalier dans le film ont un amant, une maîtresse, ou vont bientôt être en situation ou victime d’adultère. C’est bien sur le cas des deux personnages principaux, mais les seconds rôles ne sont pas négligés : le patron de la jeune femme (jouée par Maggie Cheung) a une maîtresse, l’ami de l’homme (interpreté par Tony Leung) va voir des prostituées.

Au début du film, l’escalier marque une séparation entre les deux futurs principaux protagonistes. Ainsi, dès les premières minutes, on le voit monter les escaliers puis on entend qu’elle les descend mais ils ne se sont pas croisés. Il n’appartiennent pas encore au même espace, qu’il soit diégétique ou filmique. Un peu plus tard, elle descend les escaliers pour aller chercher son mari à l’aéroport, ou ou des nouilles, alors que tous les voisins sont réunis à l’étage. Ces quelques scènes d’escaliers symbolisent la solitude et évoque la séparation des couples.

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Au cours d’une séquence suivante, les deux personnages pour la première fois se croisent dans les escaliers. Les deux ont des doutes sur l’adultère et la tromperie de leur conjoints. L’instant est capital et la mise en scène le souligne par la musique et le ralenti. Cette scène déclenche la suite du film. Mme Chow descend les escaliers pour aller chercher des nouilles et croise M.Chan qui les remonte. La rencontre aurait pu s’arrêter là mais il se met à pleuvoir. L’homme revient sur ses pas pour s’abriter en haut des escaliers. Elle est en bas. Le motif est alors encore une métaphore de leur séparation, même si la distance se réduit déjà par des semblants de raccords-regards qui sous-entendent qu’ils sont à portée de vue l’un et l’autre. Enfin, ils remontent ensemble, cote à cote, les escaliers de l’immeuble. La rencontre diégétique et filmique s’est opérée. A ce moment, ils sont filmés de dos, filmage qui sous-entend que leur parcours mutuel a un avenir, qui reste à voir. De plus, cette scène est très sensuelle et illustre le rapport, dont parlait Michel Chion , entre la courbe des formes de Maggie Cheung et le cote anguleux et droit des escaliers et de Tony Leung.

La fin du film montre aussi des escaliers. Le personnage masculin est sur un site archéologique, il confit son secret dans le trou d’un arbre. En profondeur de champ, des escaliers vides. La métaphore est claire : il ne reste que les ruines des amours passés puisque plus personne ne monte ni ne descend les marches, les séparations sont définitives, les distances se sont creusées.

La mise en scène du motif de l’escalier n’est donc pas innocente dans In the mood for love. Elle est même centrale car elle évoque tous les thèmes du film et permet l’évolution de l’intrigue. Michel Chion l’avait expliqué : le filmage des escaliers n’est pas un acte anodin mais compliqué et très symbolique. Wong Kar-Wai nous en offre une belle illustration dans « In the mood for love ».

Images : © Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr






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  3. Hunger de Steve McQueen
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