Vengeance (Un film de Johnnie To)
Lost in Translation
Par Julien Dumeige, le 23 mai 2009 2009
Loin d’égaler Exilé, le chef-d’œuvre de Johnnie To, Vengeance se révèle pourtant un excellent film d’action, incroyablement maitrisé dans la forme, malgré une utilisation étrange de son interprète principal, Johnny Hallyday. Reste que le dernier cru du meilleur réalisateur hongkongais actuel demeure quelque peu mystérieux dans ses velléités premières.

Vengeance se présente tout d’abord comme un hommage au cinéma policier français des années 60 et notamment au Samouraï de Melville, Alain Delon étant le premier choix de Johnnie To pour jouer le rôle de Francis Costello. La mise en scène retient donc ces références et se montre plus posée qu’à l’habitude malgré des séquences de gunfights au style désormais immédiatement identifiable. Les amateurs du cinéaste seront d’ailleurs autant peu surpris que ravis de retrouver la bande d’acteurs habituelle du réalisateur de PTU, à savoir Simon Yam, Lam Suet et le fabuleux Anthony Wong qui injectent d’emblée une sympathie indéniable au métrage. Au casting attendu s’ajoute deux acteurs français, Sylvie Testud et Johnny Hallyday, tête d’affiche improbable pour un film asiatique mais qui laissait espérer un personnage iconique et charismatique en adéquation avec le cinéma viril de To.

La première séquence, au montage virtuose, montre l’assassinat du personnage de Testud et de sa famille par une bande de tueurs à gages redoutables. Francis Costello, père de la jeune femme, se rend à Hong-Kong pour retrouver les agresseurs de sa fille. Il rentre alors en contact avec une équipe de tueurs et les engage pour l’épauler dans sa quête de vengeance et de justice. Le scénario reprend toutes les thématiques habituelles de To (l’amitié à la fois virile et enfantine, l’honneur, le don de soi etc.) et un grand nombre de séquences efficaces mais qui sentent clairement le recyclé, générant parfois l’étrange sentiment de revoir Exilé en moins bien (notamment la scène chez le médecin clandestin, déjà vu dans ce dernier). On est alors partagé entre cette impression de redondance et le plaisir, malgré tout, d’assister à des séquences d’action toujours exceptionnelles, menés par des personnages hautement attachants. La variété des décors et leur utilisation, le travail chromatique magnifique et intelligent, ainsi que la précision de la mise en scène soutenue par un score néo-western lancinant font de Vengeance un divertissement solide et une belle démonstration de style pour les nouveaux-venus dans l’univers de Johnnie To.

Cependant, Vengeance nous montre à chaque instant l’ébauche du film qu’il aurait dû être pour partir dans des directions inattendues voire embarrassantes si l’on considère la douloureuse interprétation de Johnny Hallyday, qui conjugue ses pires faiblesses de jeu avec une direction d’acteur sans doute houleuse. Pour être clair, Johnny saborde toute l’émotion du film, en grande partie contenue dans son personnage. Inapte à assumer le mutisme de Costello, Hallyday (pourtant capable d’une vraie prestation) se contente d’être hagard du début à la fin et fait vite oublier au spectateur toute la consistance dramatique de son personnage. Le réalisateur, pourtant exigeant en la matière, semble alors perdre foi en son personnage-acteur, comme le prouve la mise en scène qui d’abord fascinée par son physique multiplie les gros plans pour progressivement les élargir, jusqu’à perdre Johnny dans la profondeur de champ, derrière les vrais héros du film. To met ainsi systématiquement en valeur la maladresse de sa star, tout en éludant les scènes d’action qui auraient dû la faire intervenir, d’autant que par un truchement scénaristique étrange, Hallyday se retrouve à interpréter un vieillard sénile en lieu et place du leader iconique attendu. Le tout dernier plan du film, montrant Johnny rire nerveusement, sans aucune raison, est à ce titre dramatiquement révélateur des intentions du réalisateur hongkongais.

A partir de là, Johnnie To se permet, entre deux séquences rondement menées, tout et n’importe quoi, comme par exemple cette scène onirique dans laquelle Costello prie sur la plage, assaillie par des visions fantômatiques, jurant avec le cinéma habituel de To qui parsème ainsi son film d’indices spectaculaires de sabotage. Vengeance devient alors vecteur d’un humour latent plus que particulier dans sa seconde partie, il faut en effet voir cette scène où le grand méchant du film (Simon Yam, jouant son rôle comme une blague) se recouvre de stickers à la terrasse d’un café pour séduire sa voisine de table ( ! ), ce qui, plus grave encore, permet de justifier la séquence finale !

Sauvé par ses qualités filmiques et sa bonne humeur, Vengeance reste largement appréciable mais le résultat pourra laisser perplexe bon nombre de spectateurs réfractaires à la grosse blague de Johnnie To. Celui-ci livrant toutefois jusqu’à cinq métrages par an, et ce depuis pratiquement trois décennies, on préfèrera attendre sagement son remake du Cercle Rouge plutôt que de s’indigner de ce demi faux-pas, ou mieux encore revoir Exilé, un des meilleurs films d’action de ces dernières années.

- Rumeurs et pronostics sur le Palmarès du Festival de Cannes 2009

Images : © ARP Sélection






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