La ville de Lyon rendait en cette fin semaine, un double hommage à Raymond Depardon, originaire de Villefranche/Saone à quelques dizaines de kilomètes au nord de la capitale des Gaules. Entre l’avant-première de son nouveau film, le très beau La Vie moderne (dernier volet de la trilogie Profils Paysans), et l’exposition photo que lui consacre la bibliothèque municipale (sur les paysages urbains de 12 métropoles du monde entier), deux approches différentes d’un même métier de documentariste proche de la terre, et des terriens.LA VIE MODERNE
Que dire sur La Vie moderne, dernier volet de la trilogie Profils Paysans ? Tout simplement que ce documentaire est une nouvelle merveille signée du spécialiste mondial en la matière. Retournant pour la troisième fois en dix ans dans les fermes de moyenne montagne des Cevennes pour y retrouver des familles d’agriculteurs qu’il avait déjà interviewées par le passé, Raymond Depardon voulait ainsi donner une dernière fois à voir et à entendre cette France si proche et si loin à la fois. Face caméra, en extérieur ou en intérieur, ces paysans que l’on croirait extraits d’une autre temporalité, nous rappellent avec une dureté implaccable une réalité d’aujourd’hui : il existe encore au 21è siècle des hommes, des femmes et des enfants qui vivent coupés du monde, accrochés à un métier amené à disparaître.

La Vie morderne était donc présenté au public lyonnais ce jeudi soir. L’occasion d’écouter Raymond Depardon revenir sur les conditions de tournage de son film, ainsi que sur les détails techniques qui le jalonnent (tournage en scope avec une caméra spéciale, prise de son stéréo). Ces mêmes explications étant également présentes dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, dans un bel entretien accordé par le cinéaste à la revue. Si La Vie moderne reprend le dispositif formel qui a fait la force de son Œuvre, c’est-à-dire cette frontalité visuelle qui place les personnages en face du spectateur, le film offre une nouvelle perspective grâce à de longs travellings amenant le public vers les fermes des paysans filmés, directement inspirés de Gerry de Gus Van Sant.
Touchant, dur et émouvant, La Vie moderne souligne l’importance du cinéma de Depardon. Ce dernier voit même dans ces hommes fatigués par la vie agricole, comme l’espoir de l’humanité en ces temps de crise financière qui fait trembler toute la planète. Plus terre-à-terre, La Vie moderne est un bel effort documentaire sur lequel nous reviendrons plus en détails lors de sa sortie en salle à la fin du mois.
DEPARDON VILLES
Non content d’avoir pu découvrir La Vie moderne en avant-première, le public Lyonnais a depuis aujourd’hui vendredi 10 octobre, et jusqu’au 17 février 2009, l’occasion de profiter d’une exposition photos de Raymond Depardon. Ce dernier a passé trois jours dans douze métropoles du monde entier pour accoucher de clichés inédits et d’un regard différent sur des paysages urbains connus de tous, mais souvent à travers des images convenues et touristiques. Ce travail est surtout le contre-point de la trilogie Profiles Paysan, qui voit l’horizontalité de la composition de ses cadres, remise en cause par la verticalité des édifices urbains des grandes villes de ce monde.
Renseignements sur l’exposition Depardon Villes