2005 derrière nous, il est temps de faire le point sur cette année de cinéma.Il est notable que le thème de la paternité (ou au moins celui de la filiation) a largement animé cette année cinématographique. C’est d’abord et bien sûr L’Enfant, qui, malgré un accueil mitigé par notre rédaction, restera, parce qu’auréolé de la Palme d’Or un des événements de 2005. Si L’Enfant montre les errements d’un jeune homme insouciant et l’incompatibilité de cette insouciance avec la gravité de la paternité, on se souviendra aussi de Broken Flowers et Don’t Come Knocking, les portraits troublants de deux vieux roublards rattrapés par le remords d’avoir brûlé la vie par les deux bouts. Tandis que le Don de Broken Flowers court après la possibilité d’être père, le Howard de Don’t Come Knocking assiste édifié au spectacle gâché de sa vie, et prend conscience de l’extrême solitude qui a été la sienne.
Mais si la présence du thème est la plus flagrante dans ces trois déclinaisons très en vue au Festival de Cannes, on peut rappeler en vrac les quelques figures de pères qui ont marqué l’année cinématographique : celui traumatisant de Willy Wonka dans Charlie et la Chocolaterie, celui maladroit joué par Tom Cruise dans La guerre des mondes, celui pesant de Romain Duris dans De battre mon coeur s’est arrêté, celui que devient Clint Eastwood pour Hilary Swank dans Million Dollar Baby, celui hypothétique qu’est Bill Murray pour Owen Wilson dans La Vie Aquatique, celui plutôt violent qu’est Viggo Mortensen dans A history of violence, celui que prétend être Félix en s’emparant du bébé dans El Cielito, celui que prétend être Keane en montrant une photo dans Keane, celui qui voudrait que ses fils aient des "pouvoirs magiques" dans Moi, Toi et tous les autres...
C’est une évidence donc, 2005 aura été une année très papa. Il convient maintenant de revenir sur les personnes, les faits et bien entendu les films qui ont animé l’année.
Personnalités marquantes
Bill Murray : Bill Murray a brillé cette année dans deux rôles phares : le très attendu Broken Flowers de Jim Jarmush et l’inattendu La Vie Aquatique de Wes Anderson. Le premier s’arrête au pathétisme évident que peut renvoyer Murray, comme l’avait fait Sofia Coppola dans Lost in Translation, et le second confirme son talent dans un rôle d’une sorte de Cousteau déjanté. En espérant que le talent de Bill Murray saura être exploité tout aussi bien que l’a fait Wes Anderson dans ses prochains films. Au fait, saviez-vous qu’il avait étudié à la Sorbonne à Paris lors de sa "traversée du désert" après Tootsie ?
Scarlett Johansson : Scarlett Johansson est sans conteste la Femme Fatale de 2005, elle avait déjà été la grande révélation de 2004 et sera sans aucun doute indétrônable en 2006 avec Le Dalhia Noir, roman de James Ellroy adapté par Brian De Palma, d’autant plus qu’elle a enfin trouvé sa place de muse auprès d’un auteur, et pas des moindres, en la personne de Woody Allen. Elle tourne une seconde fois sous sa direction dans Scoop dans lequel il faut souhaiter que Woody Allen mettra en valeur le talent da la Belle aussi bien que dans Match Point, et que la Belle lui rendera bien en insufflant toujours autant d’érotisme à la mise en scène de notre névrosé préféré.
Peter Jackson : On ne peut que rendre hommage à Peter Jackson pour celui qu’il rend lui-même au cinéma dans son remake du King Kong de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper. Habitué au sommet du Box-Office depuis plusieurs années grâce à son adaptation de la trilogie culte de Tolkien il récidive en reprenant l’un des projets les plus spectaculaires jamais réalisé à Hollywood. King Kong résonne aussi comme un hommage aux amoureux du cinéma eux-mêmes, car derrière le grand spectacle se révèle un soucis du détail et de la rigueur, preuve que ce cinéaste ne prend pas son public pour n’importe quoi et aspire à lui transmettre sa passion. On ne peut que lui rendre ce respect.
Lodge Kerrigan : Lodge H. Kerrigan est apparemment à l’opposé de Peter Jackson et les citer l’un à la suite de l’autre peut sembler relever du paradoxe. Mais l’un et l’autre témoignent d’une même honnêteté envers leur art qu’ils pratiquent sans concessions et envers le public qu’ils cherchent à élever. Ce cinéaste peu prolifique (trois films seulement en 10 ans) est peut-être l’un des plus grands à l’heure actuelle, du même abati que Terence Mallick. A découvrir, à suivre, à faire connaître absolument, car jamais un cinéaste ne fera aussi bien naître des émotions en vous. Fer de lance d’un cinéma intimiste américain rarement aussi "près du corps", il n’a pour le moment annoncé aucun projet en cours.
Nathalie Portman : Révélée à 12 ans par Luc Besson pour son rôle de Mathilda dans Léon, la carrière de Nathalie Portman à incontestablement connu un boum en 2005. Commençant par défrayer la chronique en strip-teaseuse tourmentée dans Closer de Mike Nichols, elle enchaîne avec Garden State de Zach Braff. 2005 aura aussi été pour elle l’année de sa troisième apparition à l’écran en tant que Princesse Amidala dans Star Wars Episode III. Pour finir, elle fait une apparition remarquée à Cannes, la tête rasée pour les besoins du tournage de V for Vendetta qui sortira en 2006, où elle est en compétition pour son rôle dans Free zone d’Amos Gitaï.
Romain Duris : Ceux qui malgré Le Péril jeune et Gadjo dilo doutaient encore de son tallent ont eu, en 2005, l’occasion de reconsidérer le travail de Romain Duris excellent dans tous les domaines de la comédie légère (Les Poupées russes) au drame intérieur (De battre mon coeur s’est arrêté). Le jeune Parisien, définitivement entré dans la trentaine, n’a déjà plus grand chose à prouver, il n’appartient qu’à lui (et aux cinéastes qui le solliciteront) de devenir un "Monstre sacré" du cinéma français.
Box-office et festivals
L’année 2005 n’a malheureusement pas renouvelé l’exploit de 2004 en ce qui concerne le nombre d’entrées en salle. C’est ainsi une chute de plus de 10% (de 196 à 175 millions d’entrées) qui toucha l’année dernière les cinémas hexagonaux. D’ailleurs, assez étrangement, cette tendance se révèle internationale puisque la baisse atteint 17% en Allemagne, 10% en Espagne et 5% aux États-Unis. En France, plusieurs raisons peuvent l’expliquer : le manque cruel de films « porteurs » aussi bien français qu’américains, un magnifique automne qui ne poussa pas à fréquenter les salles obscures, ou encore le marasme économique général qui n’épargne pas les adeptes du septième art. Mais laissons à la fédération nationale des cinémas français le soin de mener plus loin ces investigations.
Voici le détail des 10 plus gros succès de l’année en France (en millions de spectateurs) :
- Harry Potter et la Coupe de Feu (7,2)
- Star Wars Episode III : la revanche des Siths (7,2)
- Brice de Nice (4,3)
- Charlie et la chocolaterie (4,1)
- La guerre des mondes (3,9)
- Le monde de Narnia, Chapitre 1 (3,2)
- Madagascar (3,1)
- Million Dollar Baby (3,1)
- Mr and Mrs Smith (3,1)
- King Kong (2,9)
Et l’équivalent aux États-Unis (en millions de dollars) :
- Star Wars : épisode III - La revanche des Siths (380)
- Harry Potter et la Coupe de Feu (278)
- Le monde de Narnia, Chapitre 1 (236)
- La guerre des mondes (232)
- Serial Noceur (209)
- Charlie et la chocolaterie (206)
- Batman Begins (205)
- Madagascar (193)
- Mr and Mrs Smith (186)
- King Kong (183)
A la vue du top 10 français, une seule question vient à l’esprit : mais où est passé le cinéma français ?! Seul un film français, et pas n’importe lequel : Brice de Nice, arrive à se hisser dans le classement (contre 5 en 2004), mais aucun ne dépasse les 5 millions
d’entrées. Pourtant, avec 36% de part de marché (contre 46% pour le cinéma américain, tout en remarquant que ce chiffre ne prend pas en compte le dernier Harry Potter, film britannique), le cinéma français se porte plutôt bien avec 34 films qui dépassèrent les 500 000 entrées. Encore une fois et sans surprise, les blockbusters américains imposèrent leur hégémonie.
Un des faits marquants de cette année pour le Cinéma US est l’échec à répétition d’une grande partie des blockbusters : The Island, Kingdom of Heaven, Furtif, Les frères Grimm, XXX 2, Electra, Domino... L’impact fut tel, que pour la première fois depuis 4 ans, les recettes sont tombées en dessous de la barre symbolique des 9 milliards de dollars.
Le fait que les recettes de La Marche de l’Empereur furent le double de celles de The Island indique qu’encore une fois, la "machine hollywoodienne" est remise en cause et qu’elle aura à prendre davantage de risques pour renouer avec un succès massif.
Les meilleurs moments
La richesse d’une année de cinéma c’est aussi le bonheur d’un plan bien trouvé, l’éloquence d’un travelling ou l’intensité d’un regard. Ces instants de grâce qui changent vraiment la vie et notre manière de la voir méritent qu’on s’y attarde. Voici donc un florilège des "bouts" de films qui nous ont marqué cette année. Ils ont pu nous faire rire ou pleurer mais ils n’ont déclenché en nous qu’une pensée : "Vive le cinéma !".
Les 30 premières minutes de Charlie et la Chocolaterie
Michael Pitt interprétant From death to birth dans Last Days
Seu Jorge chantant Bowie dans La Vie Aquatique
La scène du meurtre sur fond d’opéra de Match Point
Les larmes de Nathalie Portman au début de Freezone
La mort tragique du poisson rouge dans Moi, toi et tous les autres
Bill Murray et les survets dans Broken Flowers
Anakin passant définitivement du côté obscur dans Star Wars Episode III
"The Infinite Abyss" dans Garden State
Le désert de Trois enterrements
La pirouette finale de Match Point
Dicaprio enfermé dans sa salle de projection dans Aviator
Le road-trip final de Rencontres à Elizabethtown
Tim Roth qui se rase dans Don’t Come Knocking
La première scène de Backstage
Le suicide organisé (avec tickets) de Lady Vengeance
Le générique de Revolver (enfin terminé !)
Le plan aux trois cadres de Last Days
La scène finale de Shane Black’s Kiss kiss, bang bang
Winston dans Broken Flowers
La "naissance" de Dark Vador dans Star Wars Episode III
Nathalie Portman qui fait un truc pour se sentir unique dans Garden State
"Hit the road Jack" dans Ray
Le monologue sur le vin de Virginia Madsen dans Sideways
Le plan-séquence de la fuite en voiture de Tom Cruise et de ses enfants dans
La guerre des mondes
La composition parfaite de Michael Pitt dans Last Days
La séquence finale de Keane
La scène de l’enfant qui s’essoufle en faisant du vélo dans The Taste of Tea
Damian Lewis qui pète les plombs dans un bar dans Keane
L’horrible et traumatisante scène du suicide dans Caché
La rencontre Scarlett Johansson et Johnattan Rhys Meyers dans Match Point
Les effets spéciaux de King Kong
Les SMS animés de The World
Le repas en famille final de A history of violence
La scène de l’attentat dans L’Interprète
La séquence du clip Yamayo dans The Taste of Tea
La dernière séquence de The Jacket
Le Top de la rédaction
Pour conclure cette rétrospective 2005, et vous donner une idée de ce qu’a aimé la rédaction de findeseance.com cette année, voici le top des films préférés.

Ce classement a été réalisé en fonction des tops de chacun des rédacteurs du site dont vous pouvez retrouver le détail ci-dessous :
Valérie Bergeron 1. Million Dollar Baby
2. Aviator
3. The Constant Gardener
4. Before Sunset
5. Collision
6. Broken Flowers
7. The Machinist
8. Les Noces Funèbres de Tim Burton
9. Charlie et la Chocolaterie
10. Le Secret de Brokeback Mountain (sorti en 2005 au Québec)
Ghislain Berthelet 1. Trois enterrements
2. La Vie Aquatique
3. Je ne suis pas là pour être aimé
4. Million Dollar Baby
5. Entre ses mains
6. Le Couperet
7. De battre mon coeur s’est arrêté
8. Le promeneur du Champs de Mars
9. Le Crime Farpait
10. Shaun of the dead
Julien Hairault 1. Last Days
2. The World
3. The Taste of Tea
4. Match Point
5. La Guerre des Mondes
6. Million Dollar Baby
7. La Blessure
8. Moi, Toi et tous les autres
9. Aviator
10. A history of violence
David Honnorat 1. A history of violence
2. Garden State
3. Match Point
4. Trois enterrements
5. The Taste of Tea
6. La Vie Aquatique
7. Last Days
8. Million Dollar Baby
9. Broken Flowers
10. De battre mon coeur s’est arrêté
Céline Noblet 1. Keane
2. The Taste of Tea
3. A history of violence
4. La vie aquatique
5. El Cielito
6. Match Point
7. Don’t Come Knocking
8. Trois enterrements
9. The Descent
10. The Jacket