Rétro 2010 : Le cinéma est il mort ?
Par Othman El Maanouni, le 29 décembre 2010 2010 - hiver - 08:59
Le cinéma est le miroir de son temps. Par l’image et par le son, depuis plus de cent ans, le film est l’impression de la lucidité, la maîtrise de la réminiscence de l’Homme par l’homme. Cela a commencé par l’arrivée d’un train en gare, la capture instantanée du Réel, cela finira-t-il avec l’invention de mondes parallèles par la supercherie du numérique ?

Qu’il se superpose au Réel de manière confondante (ainsi L’Enfant des frères Dardenne) ou qu’il le métaphorise brillamment (Le Labyrinthe de Pan, ou la corruption de l’innocence par les bourreaux sous Franco), le cinéma du nouveau siècle semblait avoir de beaux jours devant lui. Ainsi la décennie écoulée a été productrice de chefs d’œuvre (Mullholand Drive ou Elephant pour ne citer qu’eux), et l’année écoulée de films décevants. Pourquoi ?

Il s’agit, à mon sens, d’une tendance lourde : celle de l’apathie. Là où il y a quelques années encore le cinéma pouvait se targuer d’être un Art, c’est-à-dire qu’il pouvait être beau et subversif, les films récents ont confondu la définition précédente avec celle de l’éphémère : la joliesse et la provocation.

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Prenons l’exemple du Social Network de David Fincher. Ce dernier vaut plus pour son analyse fine et lucide de la transformation de la réalité en virtualité que pour une quelconque portée transcendante voire cathartique. Les films contemporains se débarrassent peu à peu du politique (« polis », le peuple) : ils se déresponsabilisent et cherchent de plus en plus à procurer le plaisir immédiat. Le cinéma contemporain est devenu son plus grand ennemi : la télévision.

Aaron Sorkin, scénariste du film de Fincher, a été pendant cinq ans le créateur et showrunner de la série A la maison Blanche, or cela se sent. C’est la dilution de l’essentiel sur la durée, la restriction exclusive du thème (il est désormais acquis qu’un film ne peut être un « Tout », ici on se dégage donc de l’histoire d’amour pour en faire un prétexte et non un thème).

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La situation pourrait en fait être simplifiée selon les termes suivants : rares désormais sont les metteurs en scène. On ne cherche plus à condenser la vie en une expérience cathartique voire transformatrice, mais à la morceler en parties infimes. Prenons les films sur le conflit irakien (encore au moins cette année Green Zone, Buried, Armadillo, Fair Game...) estampillés « films engagés » au mieux, au pire corrupteurs de la réalité en fiction (comme le prétexte fallacieux de Buried de Rodrigo Cortès sorti en cette fin d’année). Aucun ne sort du lot, chacun surenchérit sur la portion infime qu’il croit sienne (les enjeux financiers dans le film de Paul Greengrass, les civils dans Buried...) et se coupe irrémédiablement de l’universel.

Parlons également d’Inception, s’emparant du rêve (sujet moderne et cinématographique par excellence) pour le limiter au « deus ex machina » scénique, la simple raison logique d’un film déjà dangereusement bancal. Si le rêve devient raison, c’est bien qu’une utopie du cinéma a fait son temps, et que le pragmatisme règne en maître. C’est qu’aujourd’hui un film se doit d’être compris par une majorité du public sous peine d’être relégué à des catégories élitistes (auteur, expérimental, etc) qui excluront un grand nombre de spectateurs.

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Et si, finalement, les meilleurs films sortis cette année étaient ceux que l’on considère généralement comme légers ? Kick-Ass de Matthew Vaughn, ou le super héros à l’ère Youtube, est un film de son temps, qui vieillira sans doute rapidement. Il atteint pourtant remarquablement son objectif simple mais clair : divertir. Scott Pilgrim d’Edgar Wright est le condensé de culture virtuelle le plus abouti à ce jour (excluant généreusement toutes les générations précédentes), il est tout à fait réussi.

C’est la victoire du plaisir qui se profile insidieusement, celle du consommable et du recyclable. Il suffit de remarquer l’attente extatique des cinéphiles pour The Tree of Life de Terrence Malick (la sublime bande-annonce est ici : http://www.youtube.com/watch ?v=fLPe0fHuZsc), prévu première moitié 2011, pour comprendre que, désormais, la poésie est rare.

Images : © Sony Pictures Releasing France © Rezo Films © Universal Pictures International France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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