Quatre nuits avec Anna (Un film de Jerzy Skolimowski)
Sincérité rime avec perversité
Par Morgane Pichot, le 8 novembre 2008 2008
Etre réalisateur est un métier de passion et d’envie. Déçu par ses premiers films, Jerzy Skolimowski ne s’était pas remis derrière une caméra depuis dix-sept ans ; préférant se consacrer à la peinture dans sa maison de Malibu beach. L’an dernier, David Cronenberg l’a choisi pour interpréter l’oncle russe de ses Promesses de l’ombre, le désir de cinéma a peut-être ainsi refait surface. Cependant, ne nous y trompons pas, moins américain d’origine polonaise que polonais en séjour prolongé aux Etats Unis, Jerzy Skolimowski fait preuve d’influences artistiques très marquées par les pays de l’Est : paysages, couleurs, atmosphère glaciale… Les premières lignes du scénario de Quatre nuits avec Anna rappellent d’ailleurs la Brève histoire d’amour de Kieslowski en 1988 : un homme espionne de sa fenetre sa voisine dont il est amoureux.

Loin du thriller made in usa, l’histoire de Leon Okrasa est pleine d’un suspens aussi vigoureux que le vent d’un hiver polonais. N’ayant connu comme seule femme que sa mère qui vient de mourir, il s’éprend étrangement de sa voisine après avoir été témoin de son viol. Sans doute parce qu’il ne sait comment l’aborder, la seule parade, perverse mais plausible à ses yeux, qu’il trouve pour l’approcher physiquement est de l’endormir à coups de somnifères écrasés dans sa boite de sucre. Ainsi, il passe quatre nuits à ses cotés, satisfaisant un désir malsain mais aussi romantique, qui consiste à se satisfaire de sa présence, lui offrir une bague, lui mettre du vernis, manger dans son assiette…

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A cette trame déjà déstabilisante, s’ajoute une temporalité parallèle qui crée un effet d’attente allant bien au-dela du simple soucis du réveil possible de sa princesse. Une interrogation, alimentée par des images provenant du passé et du futur, intervient : Jusqu’où va-t-il ou est-il allé ? Comprenant au fur et à mesure qu’il a été accusé d’un viol, on attend chaque nouvelle nuit le méfait. Tout ça est mis en relief par une multitude de motifs qui se dédoublent selon le même principe que le schéma temporel : l’alliance perdue à la main d’un opéré (au début du film, il est employé au crématorium d’un hôpital) et la bague qu’il offre à Anna, le poisson qui agonise pendant le viol et la mouche pendant le procès… Tout ça crée une fausse impression de répétition, qui incite à penser qu’il y a eu viol, perturbant la perception et la reflexion.

Les visites nocturnes lui vaudront une seconde accusation. Injustice d’une structure circulaire qui, faute d’élément nouveau, se remet en marche à l’infini. Comme ses pas qui séparent la porte de l’un de la fenêtre de l’autre, jusqu’à ce qu’elle se transforme en mur, symbole de l’enfermement physique et mental d’un personnage contraint à la solitude et à la prison. Destin d’un homme abandonné de tous (sa mère, son patron, son amour (elle vient le voir un temps en prison))… Image d’un robinson polonais, de plus en plus frustre et frustré, subisant les affres de la douce et naïve sincérité du sentiment. Jerzy Skolimowski réalise un film très singulier et perturbant, sorte de Fenêtre sur cours détourné, cerné par la froideur (ambaince et teinte froide, bleutée) et la violence (des hommes, des policiers, de l’instance judiciaire) des rapports humains.

Images : © Les Films du Losange






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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